Les traumatismes oculaires

Les traumatismes de l’oeil sont très fréquents. Leur gravité est très variable, et seul un examen attentif peut identifier les différentes parties de l’oeil affectées par le traumatisme. L’absence de douleur n’est pas un critère de bénignité. L’importance d’un bon examen ophtalmologique est primordiale.

Les contusions

Il s’agit d’un choc sur l’œil, sans qu’il y ait de plaie. Elles se produisent surtout au cours du sport, à la suite d’un impact direct sur l’œil. Elles peuvent gravement le léser. Les jeux de balles comme le baseball, le squash, le tennis, le hockey sont considérés comme des sports à risque.

Les plus bénins sont dus à un choc léger (coup de doigt,….). L’examen met en évidence un segment antérieur normal avec une pupille qui réagit bien à la lumière et peu ou pas de gène à la lumière. On remarque souvent une hémorragie sous-conjonctivale bénigne, qui disparaîtra spontanément. La pression intra-oculaire est normale, ainsi que le fond d’œil. Devant ces cas peu graves, un traitement local simple est parfois prescrit (anti-inflammatoire et/ou antiseptique).

L’examen d’un œil traumatisé doit donc toujours se pratiquer avec précautions, surtout s’il y existe un œdème palpébral qui peut cacher une plaie perforante du globe.

Les plus graves de ces contusions sont dues à un traumatisme violent par une balle de petit diamètre (tennis ou squash), un club de golf, un pistolet à billes, une carabine à plomb, ….Dans de telles circonstances, la douleur est nettement plus importante que précédemment, parfois accompagnée de nausées et/ou de vomissement. Le patient a parfois du mal à se tenir debout, est pâle et il est souvent difficile à examiner.

On note tout de suite une rougeur oculaire importante et souvent du sang dans la chambre antérieure, un hyphéma. Un bilan oculaire complet doit être pratiqué pour ne pas laisser passer une lésion cachée (rupture de la sclère en arrière, perforation minime). La pression intra-oculaire doit être mesurée. De telles constatations imposent une hospitalisation.

L’infiltration de sang dans la cornée est une complication grave. Elle se caractérise par une baisse de la vision pratiquement totale. Elle survient assez rapidement après le traumatisme. L’évolution est souvent longue et la récupération de l’acuité visuelle est variable. Le traitement médical de l’hypertonie secondaire au traumatisme est primordial. Un traitement chirurgical est parfois nécessaire (lavage, ablation de caillots, voire même kératoplastie).

Le pronostic de ces contusions se trouve souvent au niveau du fond d’œil car des lésions rétiniennes sont souvent associées. Une hémorragie du vitré peut compliquer l’examen optique de la rétine. Le bilan lésionnel comprend une échographie quand la rétine n’est pas visible, éventuellement une angiographie pour déceler un œdème maculaire. D’autres examens permettent un suivi remarquable, comme l’OCT (Optical Coherence Tomography).

Une cataracte traumatique peut se constituer dans des délais variables. Elle nécessitera une intervention.

Les plaies non perforantes

Les corps étrangers cornéens sont quotidiens pour l’ophtalmologiste, le plus fréquent étant la limaille reçue lors d’une utilisation, sans protection oculaire, d’une meule. Ils sont très douloureux : le patient ne peut dormir s’il ne l’a pas fait enlever. Ils rouillent rapidement. Il faut donc procéder à leur ablation sans tarder car la rouille irrite le segment antérieur et peut entraîner un œdème localisé de la cornée. L’ablation est facilitée car le morceau de fer et la rouille ont formé un agglomérat facile à retirer.

A l’issue de l’ablation, un traitement antiseptique doit être institué pendant quelques jours, (quelquefois associé à un pansement occlusif). De nombreux autres corps étrangers, non métalliques, peuvent être retirés de la cornée, (végétal, poil de chenille, ...).

Les ulcères de cornée traumatiques sont des plaies non perforantes sans corps étranger. Le plus typique est le coup d’ongle du jeune enfant porté par sa mère.

La gêne à la lumière et les céphalées sont importantes rendant l’examen difficile. (Dans ce cas, l’ophtalmologiste instille une goutte d’anesthésique cornéen pour faciliter l’examen).

Les plaies perforantes

Elle sont dues à des projections de produits chimiques corrosifs, à des étincelles de soudage ou à des expositions à des rayons lumineux nocifs comme les rayons lasers. Les brûlures représentent un accident oculaire sur dix. Elles peuvent occasionner de graves lésions en l’absence de protection appropriée.

Les plaies comprenant une perforation de l’œil sont toujours graves. Elles doivent être prises en charge dans un service d’ophtalmologie.

Si l’accident est survenu lors de l’utilisation d’un marteau sur un burin, d’une débroussailleuse, d’une explosion) la perforation est à redouter.

La douleur n’est pas un signe constant. Les accidentés pensent souvent à tort que la douleur est proportionnelle à la gravité du traumatisme : ainsi un ulcère par coup d’ongle bien que le plus souvent bénin s’avère être très douloureux, alors qu’une perforation occasionnée par un fil de fer, bien que peu ou pas douloureuse, est généralement grave d’emblée.

L’examen révèle une pupille déformée et une hernie de l’iris qui apparaît à travers la cornée, quand ce n’est pas du vitré ou de la rétine. Devant une lésion cornéenne minime on recherche une perforation en instillant une goutte de fluorescéine. Il est parfois difficile de diagnostiquer une plaie oculaire chez un polytraumatisé, lorsque l’examen de l’œil est négligé par rapport aux autres lésions traumatiques qui appellent plus d’attention immédiate.

Le traitement consiste en l’instillation de collyre(s) antibiotique et/ou cicatrisant, tout en protégeant l’œil avec un pansement oculaire pendant au moins 24heures.

Le bilan complet et détaillé doit également rechercher des plaies situées en arrière de la cornée, même si le segment antérieur de l’œil paraît normal. Ainsi on peut déceler une plaie sclérale, avec parfois l’émergence de vitré par la plaie.

Le traitement est la plupart du temps d’ordre chirurgical. Le blessé doit être maintenu à jeun pour les besoins de l’anesthésie. Il faut s’assurer que le blessé est bien protégé contre le tétanos.

Les plaies perforantes peuvent être dues à la projection de corps étrangers. Cela n’a rien à voir avec le grain de meule. Il s’agit ici de morceaux (métallique souvent) qui traversent la cornée et vont se loger à l’intérieur de l’œil ou même dans l’orbite. Il est parfois possible de voir directement le corps étranger planté dans la rétine, en examinant le fond d’œil. Le cristallin s’opacifie. Il faudra donc opérer le blessé de cataracte pour améliorer le plus possible la vison de cet œil.

Il ne faut pas hésiter à pratiquer des examens radiographiques sous des incidences variables pour tenter de visualiser un corps étranger intra-oculaire (CEIO). Ne pas diagnostiquer un CEIO peut aboutir à des complications plus ou moins sévères : sidérose (diffusion de fer dans l’œil, à partir d’un corps étranger en fer), chalcose (élément de cuivre intra-oculaire), perte de l’œil).

Lésions associées

Il est possible que les lésions oculaires soient associées à des plaies des paupières ou à des fractures d’une paroi de l’orbite.

Brûlures oculaires

Les brûlures oculaires peuvent concerner les paupières, la conjonctive ou la cornée.

Elle sont dues à des projections de produits chimiques corrosifs, à des étincelles de soudage ou à des expositions à des rayons lumineux nocifs comme les rayons lasers. Les brûlures représentent un accident oculaire sur dix. Elles peuvent occasionner de graves lésions en l’absence de protection appropriée.

De nombreux traumatismes oculaires d’origine chimique sont causés par des acides (par ex. explosion d’une batterie de voiture) : dans ce cas, le pronostic est bon, car l’acide n’altère que les couches superficielles de la cornée. Les brûlures occasionnées par des alcalins (par ex. ammoniaque) sont moins fréquentes mais elles sont beaucoup plus graves.

En cas de contact de l’œil avec des substances chimiques, les premiers soins consistent à laver immédiatement et abondamment l’œil avec de l’eau propre, après avoir instillé un collyre anesthésique. Allonger le blessé à plat et verser de l’eau en quantité abondante sur l’œil pendant au moins 15 minutes. L’œil peut alors être examiné à la fluorescéine pour mettre en évidence un ulcère éventuel de la cornée. En cas d’ulcère, administrer des antibiotiques en traitement local, poser un pansement oculaire et examiner le patient tous les jours.. Dans ce cas, il faut adresser immédiatement le patient à un ophtalmologiste, car la prise en charge requiert des stéroïdes en traitement local intensif, de la tétracycline et un collyre à la vitamine C.

Le soleil est dangereux pour les yeux

Les rayons ultraviolets (UVA et UVB) émis par le soleil sont aussi dangereux pour les yeux. Une exposition solaire trop intense ou trop prolongée est un des facteurs qui peut favoriser la survenue d’une kératite. Au très long cours une opacification du cristallin (cataracte) peut survenir. L’observation (même de quelques minutes) sans protection adéquate d’une éclipse de soleil provoquent des lésions de la macula.

En toutes circonstances protégez vos yeux

Les yeux sont les organes les plus sujets à subir aisément des dommages !

  • Toujours porter des lunettes de protection pour bricoler, débroussailler...
  • Interdire aux enfants de jouer avec des pistolets à billes, des flèches, fusils...
  • Ne jamais toucher un oeil traumatisé.
  • Consulter un ophtalmologiste le plus rapidement possible
  • Ne pas oublier qu’on n’a que deux yeux.