Interview du Docteur Yaya

Interview du Dr Yaya, Représentant de l’OPC en République Centrafricaine

(29 août 2010)

Fonctions :
- Maitre de conférences à la faculté des sciences de la santé, Université de Bangui
- Chef du service d’ophtalmologie du centre hospitalier universitaire de Bangui
- Directeur du programme national de lutte contre les maladies cécitantes

Pourquoi la création d’une filière de formation de techniciens supérieurs en ophtalmologie (TSO) au sein de la Faculté des Sciences de la Santé (FACSS) de l’Université de Bangui (UB) ?

La création de cette filière est considérée comme une priorité car les ressources humaines en ophtalmologie sont rares dans notre pays : 4 ophtalmologistes et 12 techniciens supérieurs. Par ailleurs, en raison de l’importance du Centre national hospitalo-universitaire, la plus grande partie des personnels disponibles est concentrée à Bangui. Jusqu’à présent, les formations des personnels de santé oculaire, qui nous font tant défaut, se font à l’extérieur du pays (Mali et République Démocratique du Congo, essentiellement, quelquefois au Kenya si le postulant maîtrise la langue anglaise) : elles s’avèrent coûteuses. Seuls les étudiants disposant d’une bourse d’étude peuvent les entreprendre. Quelquefois les études entreprises ne répondent pas aux besoins ressentis en RCA.

Il y plus de deux ans, l’OPC mettait en place une Unité Mobile de Chirurgie Oculaire (UMCO) pour renforcer les activités chirurgicales du Programme de lutte contre la cécité (PNLC). Quel en est le bilan ?

Depuis sa mise en place, l’UMCO a effectué 8 missions, principalement dans les départements de Berberati et de Bambari, qui disposent de services d’ophtalmologie équipés par l’OPC. Ce sont au cours des deux dernières années plus de 1 000 cataractes qui ont pu être opérées grâce à ce précieux outil qui rapproche les patients des services de chirurgie. L’UMCO a dispensé plus de 4 000 consultations, opéré plus de 400 trichiasis trachomateux et une cinquantaine de trabéculectomies.

Les populations et les autorités apprécient les missions de l’UMCO, et les autorités locales, administratives et sanitaires font tout leur possible pour faciliter le séjour et l’hébergement des membres de l’équipe.

Pourtant, le problème de la pérennité se pose : le recouvrement des coûts, encore insuffisamment organisé, ne permet pas encore l’autonomie de chacune de ces missions dans les domaines d’approvisionnement en carburant et de versement d’indemnités aux membres de l’équipe.

De plus, les déplacements de l’UMCO sont étroitement assujettis aux autorisations de se déplacer, compte tenu de l’insécurité qui prévaut dans certaines zones du territoire.

Quels sont les besoins actuels du PNLC ?

L’OPC nous ayant permis de renforcer nos plateaux techniques (aussi bien dans le service d’ophtalmologie du CNHUB que dans les centres régionaux de Berbérati, Bambari et bientôt Bria), le besoin le plus pressant est la recyclage des TSO les plus anciens qui sont en poste depuis plusieurs années et n’ont pu bénéficier d’un programme de formation continue. Nous savons que la Direction de la Formation de l’OPC excelle dans ce domaine et espérons pouvoir bénéficier de son expertise pour renforcer ce que nous avons tenté de mettre en place l’année dernière.

Le PNLC aimerait également finaliser la cartographie du trachome afin de pouvoir accéder à la dotation d’azithromycine.

Que pourrait entreprendre l’OPC pour renforcer les activités de lutte contre la cécité en République Centrafricaine ?

En dehors des deux domaines précités, nous aimerions solliciter l’appui de l’OPC pour poursuivre la dotation en consommables de l’UMCO et participer au renforcement du plateau technique du CNHUB dans le domaine des « explorations fonctionnelles ».

Que pensez-vous du partenariat entre le Ministère de la santé, l’Université de Bangui et l’OPC ?

Ce partenariat tripartite est apprécié de tous et considéré comme exemplaire. Il est renforcé par la mission pédagogique du Dr A.-D. Négrel et les séances de travail qui se sont déroulées tant au Rectorat de l’UB qu’au niveau de la FACSS. Il est important de rappeler que M. le Recteur, M. le Doyen de la FACSS et moi-même appelons de nos vœux le renouvellement de ce type de mission. Tout comme le Professeur Bobossi Sérengbé, notre recteur, M. le Ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche apprécie particulièrement l’engagement de l’OPC dans le domaine du développement des ressources humaines et espère que l’expérience acquise dans la mise en place de la filière de formation des TSO servira de catalyseur et de modèle pour le développement de filières cousines : dentisterie, techniciens de laboratoire, ….dont le pays a tant besoin.

Nous ne pouvions rêver d’un partenaire aussi talentueux et « multi-service » que l’OPC : après avoir renforcé nos services, mis en place une UMCO, préparé un dossier de financement pour la mise en place d’une filière de formation de TSO dans notre FACSS, la Direction de la Formation de l’OPC nous a « offert » un atelier de formation de formateurs qui fait désormais de nombreux jaloux dans d’autres départements de la santé. Les autorités sanitaires et universitaires, à travers ma personne, témoignent leur gratitude au conseil d’administration de l’OPC et à son directeur exécutif, plus qu’apprécié dans notre pays, pour tous les progrès accomplis et le chemin parcouru depuis ces six dernières années.